Rocher

  • Lisbonne

    Fernando Pessoa

    " pour le voyageur arrivant par la mer, la ville s'élève, même de loin, comme une belle vision de rêve, se découpant nettement contre un ciel bleu vif que le soleil réchauffe de ses ors.
    Et les dômes, les monuments, les vieux châteaux surplombent la masse des maisons, tels les lointains hérauts de ce délicieux séjour, de cette région bénie des dieux. " fernando pessoa " lisbonne, ville de l'intranquillité, après la prague de kafka et le dublin de joyce, fait son entrée dans la littérature, et son "passant intégral", fernando pessoa, en est l'introuvable et mélancolique fantôme. " antoine de gaudemar, libération

  • Une femme

    Sibilla Aleramo

    Avec ce premier roman publié en 1906 en Italie, Sibilla Aleramo connaît une gloire soudaine à l'âge de trente ans : Une femme est aussitôt traduit en français, Anatole France s'enthousiasme dans un article du Figaro sur ce prodige de la littérature italienne et le Tout-Paris la fête : Rodin, Anna de Noailles, Valéry Larbaud, Charles Péguy, Apollinaire, Colette se disputent la compagnie de cette jeune femme fascinante.
    " Qui n'a pas vu Sibilla Aleramo à Rome en cette première décennie du XXe siècle n'a rien vu ", s'exclamera l'écrivain Stephan Zweig après l'avoir rencontrée à Rome, à son tour conquis par cette figure légendaire, après Gorki, Brandes, Pirandello et tant d'autres. Une femme, roman autobiographique, rempli de passion, osé, reflète le tempérament totalement indépendant et affranchi de Sibilla et porte déjà la marque si personnelle qui caractérise toute l'oeuvre de cet écrivain unique dans l'histoire de la littérature moderne.
    Près d'un siècle après sa parution, l'oeuvre de Sibilla Aleramo continue, de génération en génération, à conquérir de nouveaux lecteurs qui se reconnaissent dans cette voix chaude, sensuelle, éprise de liberté, d'amour et de justice sociale - dans l'éternelle rebelle Sibilla.

  • La zone

    Sergueï Dovlatov

    D'après soljenitsyne, le camp est un enfer.
    Moi, je pense que l'enfer, c'est nous-mêmes. ces souvenirs d'un gardien de camp montrent le caractère inextricablement paradoxal et comique du monde. le monde des criminels de droit commun, oú dovlatov s'en alla monter la garde, après avoir été expulsé de l'université ; et le monde imaginaire des lettres écrites à son éditeur russe exilé à new york, dans lesquelles il raconte ses déboires pour faire publier la zone, roman qui relate sa jeunesse soviétique et sa vie en exil.
    Comme un écho qui se répète entre le monde des hommes libres et l'univers des prisonniers, les histoires vécues à l'intérieur du camp de détention ne diffèrent guère de celles du monde extérieur. c'est pourquoi la zone n'est pas un récit de prison. on y retrouve le regard amusé et triste du grand écrivain russe face à l'humanité avec laquelle il partage une expérience cruciale. un monstrueux assassin devient ainsi un bon ami, comme on n'en trouve pas chez les honnêtes gens.
    Combien la limite est ténue, combien la différence est subtile entre la prison et la liberté, entre les russes de l'urss et les russes en amérique ! et c'est avec un humour irrésistible, unique, que dovlatov se moque de nous et de notre condition.

  • Dans ces dix essais lyriques et passionnés, écrits par un citoyen de l'Est dans les sombres années 1960, le poète polonais Zbigniew Herbert célèbre l'art, l'histoire et la culture des villes françaises et italiennes d'Arles, de Lascaux, de Sienne, d'Orvieto...
    Porté par l'histoire et son héritage culturel à la fois familier et étranger, Herbert évoque avec une sensibilité et un humour exquis l'atmosphère et la splendeur de ces villes renommées. Ecrites avec érudition et enthousiasme, ces proses atteignent la perfection de l'art poétique de Herbert. Les fresques de La Légende de la Croix de Piero della Francesca, les lignes harmonieuses du temple de Paestum, le monde des troubadours et des Albigeois, l'épopée des Templiers sont quelques-uns des thèmes qui traversent son itinéraire spirituel à travers le vieux jardin de l'Europe méditerranéenne.
    Paradoxalement, cet homme cultivé, ce gardien de l'art qui a grandi au milieu de la barbarie politique, se présente à ses lecteurs comme un Barbare égaré dans le jardin de la culture.

  • L'âme noire

    Liam O'Flaherty

    La mer rugit lugubrement autour des rivages d'Inverara.
    Un étranger, blessé dans son corps et dans son esprit par l'éclatement d'un obus, vient loger sur l'île, chez un couple dont les années de mariage ont été dépourvues de joie - et la présence de l'arrivant déchaîne leurs passions. Car, à mesure que le printemps adoucit la beauté sauvage d'Inverara, l'Etranger prend conscience de la présence à ses côtés de la brune Mary - toute frémissante de vie à l'approche de l'été.
    Jamais elle n'a aimé un homme avant lui et l'éveil de sa sexualité la grise. Mais avec l'automne vient le danger. Les paysans superstitieux grondent contre Mary ; John le Rouge rit de tout et de rien, on lit le meurtre dans ses yeux ; et, pour finir, c'est un hurlement de dément qui réexpédie brutalement l'Etranger parmi les sains d'esprit... " Ce livre est le plus sauvage de la littérature irlandaise moderne.
    Je le qualifie de " sauvage ", parce que les passions primitives s'y déchaînent librement. " (George Russell). " L'énergie d'un pur génie. " (W. B. Yeats).


  • vert paradis renvoie à une terre de garrigues, de rocailles, d'asphodèles, de lentisques et de friches.

    entre la camargue blanche et les cévennes bleues, ce pays âpre se prête au merveilleux, et l'on y rencontre tout naturellement des hommes " sous l'apparence desquels un dieu se cache, peut-être, pour nous mieux connaître ". bergers, paysans, chasseurs, sauvageonnes, musicien qui fait danser le diable ou frère qui arrête le temps, peuplent ces récits et ces contes oú la beauté garde toujours des accents tragiques.
    ecrit dans une langue charnelle et étincelante, qui nous plonge au coeur même du vivant, le livre de max rouquette, nourri de la tradition orale occitane comme des incantations faulknériennes, s'impose par son rythme et sa puissance. " c'était une haute croix de fer. sans christ. a la croisée des branches, un simple coeur grand comme une main, rond et vide, de fer peu épais. tant d'hivers avaient pleuré dessus, tant
    de brume et de vent et de soleil l'avaient touché, léché, fendu, que la rouille l'avait rongé de part et d'autre, jusqu'à creuser en son centre un trou oú aurait pu s'engager le doigt de saint thomas.
    ainsi ouvert comme un appeau pour les merles, ce coeur de fer rouillé était aux lèvres du vent comme un hautbois aigre et désespéré. le moindre souffle d'air en arrachait des plaintes discrètes, aussi déchirées que le fer, un blasphème sifflé qui, dans la pluie battue par le vent, poursuivait le passant
    comme une malédiction. bien haut, au-dessus des chairs noires et flétries accroupies au pied de la croix, le coeur, en cette nuit si douce, restait muet
    comme un nid sans oiseaux.
    ".

  • Un grand roman moderne sur le vaste chaos judaïque. Quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, deux amis d'enfance, Jacobo Lerner et Léon Minsky, arrivent à San Sebastian, en provenance d'un village du fin fond de la Russie. Ils y découvrent un pays dans le chaos, où l'on accuse les Juifs tantôt d'être des capitalistes tantôt d'être des communistes, en les rendant ainsi responsables de la débâcle économique. Leurs vies s'organisent peu à peu, puis elles seront bouleversées, et Minsky se laissera glisser dans la folie, au grand effroi de Jacobo. Les harangues de son ami devant l'église du village suscitent les moqueries et la haine de ses habitants. C'est dans ce contexte que le drame se déroulera, histoire d'amour et recréation du juif errant tout à la fois. " La comtesse s'était considérablement empâtée depuis la dernière fois que Jacobo l'avait rencontrée. Preuve en était, principalement, son postérieur, flasque et volumineux, et sa poitrine, devenue plus opulente et rebondie. Elle lui ouvrit la porte, vêtue d'un peignoir vaporeux, ses cheveux platine en partie recouverts d'un foulard écarlate. Quelques mots prononcés en russe par Jacobo suffirent pour que la comtesse lui tende les bras avec effusion et l'invite à entrer chez elle. Avec force rires et exclamations, elle l'introduisit dans une entrée, séparée du reste des pièces par un paravent chinois décoré d'oiseaux et de fleurs d'un jaune criard. Jacobo se sentit troublé par la pénombre régnant dans la pièce, ainsi que par le maquillage excessif de Mme Chernigov, qui lui donnait un air enfantin et grotesque à la fois. Bien qu'il se sentît abattu par ses tribulations de la journée, il se crut obligé de la mettre au courant de ce qui lui était arrivé depuis qu'il avait quitté la pension en 1927. Quand il eut fini son récit, Jacobo lui demanda si elle savait où vivait Moïsès. La dernière fois que j'ai vu Moïsès, c'était il y a deux ans, c'était le jour de son mariage, et il n'a plus mis les pieds dans cette maison depuis. Il n'y a pas à dire, les hommes sont tous des ingrats ", répondit la comtesse en soupirant longuement."

  • " Cette oeuvre superbe, qui propose à la fois une fertile théorie de l'histoire et une inattaquable doctrine politique...
    Se penche aussi sur l'humanité stupide et fruste parmi laquelle nous nous démenons la plupart du temps. Si insolite et ambitieux que nous apparaisse cet ouvrage, il concerne également nos petites affaires de tous les jours. Que les lecteurs y soient attentifs, et ils en retireront le plus grand profit spirituel. " Alvaro Mutis. La liberté est un rêve d'esclaves. L'homme libre sait qu'il a besoin de soutien, d'aide, de protection.
    / Les philosophes actuels sont cernés par plus de tabous que le sorcier primitif. / Lorsque la rouerie commerciale des uns exploite la crédulité culturelle des autres, on parle de diffusion de la culture. / La pensée réactionnaire fait irruption dans l'histoire comme le cri d'alarme de la liberté concrète, comme un spasme d'angoisse devant le despotisme illimité auquel atteint celui qui s'enivre de liberté abstraite.
    / Les communications plus faciles ne vivifient pas les régions écartées, elles leur sucent la moelle. / Sans instruction primaire il est impossible d'abrutir définitivement un peuple. / La vie intellectuelle d'une grande ville moderne est une combinaison de provincialisme de quartier et de cosmopolitisme d'hôtel.

  • Un batlen revient chez lui et, rayonnant, il annonce à sa mère désespérée d'avoir un fils propre à lien : " Mame, mamele ! J'ai trouvé du travail.
    Je dois aller en haut du village et regarder si le Messie arrive. Si je le vois, je dois l'annoncer à tout le monde. Tu es contente, mamele ? On me paie cinq groschens par semaine. " La mère sort de ses gonds : " Mon fils est un imbécile ! C est quoi ce travail de fou, " annonceur de Messie " ? Avec cinq groschens on va crever de faim ! - Oui, tu as raison mamele. Mais au moins, c'est un travail à durée indéterminée ! "

  • Joseph Roth est né en 1894, à Brody, en Galicie orientale, région qui faisait alors partie de l'Empire austro-hongrois et se trouvait à la frontière de l'Empire russe.
    Après la Première Guerre mondiale, démobilisé, Roth s'installe à Vienne et se consacre au journalisme, un métier qu'il exercera toute sa vie, notamment comme correspondant étranger dans les grandes villes européennes. Il émigre en France en 1933 et meurt à Paris en 1939. Géza von Cziffra a emprunté son titre à l'un des récits les plus célèbres du grand romancier, La Légende du saint buveur. Ce livre, ensemble d'anecdotes et d'impressions, a tout le charme du souvenir, le prix du détail minuscule qui enchante le collectionneur.
    Il nous dévoile le monde étrange, heurté, fascinant de l'écrivain. Cette voix si proche, si chaleureuse, se teinte de légèreté pour entraîner le lecteur de ville en ville et le faire assister aux conversations d'écrivains dans les légendaires cafés du début du siècle. En proie aux vertiges du temps, on écoute le récit de l'ami et du témoin qui parfois paraît vouloir chercher la solution à l'énigme de la vie de Roth, mais finit toujours par s'en remettre à l'anecdote et à l'impression pour rendre hommage au compagnon, et au poète.

  • En 1776, Henry Thrale offrit à sa femme Hester six volumes in-quarto, merveilleusement vierges, dont elle devait faire ses Thraliana.
    Avec tout l'esprit et la gaieté qui avaient fait d'elle la maîtresse du salon littéraire le plus couru de l'époque, Mme Thrale entreprit de noter dans son journal les impressions et les humeurs de son ami dévoué, Samuel Johnson, figure légendaire du dix-huitième siècle anglais. De ses opinions scandaleuses sur les Écossais et les Français, de ses improvisations à l'opéra, de ses expériences sur une cornue en verre, Hester Thrale, en sa qualité de confidente la plus proche de Johnson, lequel la considérait comme la " première femme du monde ", consigna par écrit tous les bons mots, les bavardages et les petites remarques intimes du grand moraliste, bien souvent alors qu'il était assis auprès d'elle.
    Par ses révélations d'une grande finesse, par sa spontanéité, par sa malice, ces souvenirs, restitués dans toute leur vivacité et leur exubérance par Richard Ingrams, restent un témoignage des plus précieux sur le siècle de Johnson. " Elle serait la femme la plus admirable du monde si seulement elle pouvait retenir cette langue redoutable; oui, une femme d'exception si seulement elle pouvait maîtriser ce petit ouragan.
    " (James Boswell.) Sa tendresse envers les pauvres w, M. Johnson ressent plus de tendresse que quiconque envers les pauvres, et moins que personne envers ceux que frappent d'autres calamités. Celui qui perd un parent, un enfant, un ami, il ne le prend guère en pitié. " Un homme aux abois n'a pas le loisir d'éprouver de ces chagrins-là. Il est si commun dans cette ville de mourir de faim et de froid qu'on n'a plus de compassion en réserve, au milieu de toute cette misère, pour les blessures d'amour-propre ou de sensiblerie.
    " Sur la foi de ces principes, il héberge en ce moment sous son propre toit une nichée de gens qui, sil ne les soutenait, ne sauraient à quel saint se vouer.

  • Paris-France

    Gertrude Stein

    " chacun, après tout, chacun de ceux qui écrivent souhaite vivre à l'intérieur de lui-même afin de décrire ce qu'il trouve à l'intérieur de lui-même.
    C'est pourquoi les écrivains doivent avoir deux pays, leur pays d'origine et celui dans lequel ils vivent. " et c'est ainsi que l'écrivain américaine - incorrigiblement francophile - s'établit à paris en 1907 pour y vivre jusqu'à sa mort en 1946. elle y tint, aux côtés de sa compagne intime et secrétaire alice b. toklas, " le plus brillant salon de paris ", que côtoyèrent les plus grands artistes et écrivains de l'époque.
    Paris france fut publié en 1940, le jour oú paris tomba aux mains des allemands. gertrude stein y mêle dans un joyeux désordre ses souvenirs d'enfance à paris, ses réflexions sur la france et les français, la mode, la gastronomie, la guerre, ses caniches et ses amis peintres et musiciens. on y trouve aussi de petites anecdotes, souvent teintées d'humour et de poésie, sur tout ce qui est français :
    " voilà deux ans tout le monde disait que la france était finie, perdue, qu'elle tombait au rang de puissance de second ordre.
    Et je disais : je ne le crois pas, parce que depuis des années, depuis la guerre, les chapeaux n'ont jamais été aussi variés, aussi ravissants, aussi français que maintenant. on ne les trouve pas seulement dans les grandes maisons, partout oú se trouve une vrai modiste se trouve un joli petit chapeau français. ".

  • Ce livre s'adresse aux jeunes gens, mais il est dédié aux femmes mûres - et c'est des rapports entre ceux-ci et celles-là que je me propose de traiter. Je ne suis pas expert en pratique amoureuse, mais j'ai été un bon élève des femmes que j'ai aimées, et je vais essayer d'évoquer ici les expériences heureuses et malheureuses qui ont, je crois, fait de moi un homme. » Récit de l'apprentissage amoureux, Éloge des femmes mûres est un véritable traité de l'érotisme, celui qui se pratique dans la découverte et le respect de l'autre, qui enrichit la connaissance de soi. Avec beaucoup d'humour et d'esprit, Stephen Vizinczey livre ici un classique de la littérature érotique moderne.

  • Passions et sentiments, angoisses, tendresses, invocations, trahisons, retrouvailles, coups et menaces, souffrance et maladie : le tout sous un " ciel qui n'était fait que d'amour ".
    Telle est la rencontre entre Dino Campana et Sibilla Aleramo, rencontre extraordinaire, tout comme les lettres que s'écrivirent les deux amants. Dino, j'éprouve quelque chose de tellement fort que je ne sais pas comment le contrôler... Est-ce toi qui me bouleverses ainsi ? Que m'as-tu donc mis dans les veines ? Et j'ai toujours devant les yeux cette rue sous le soleil, le premier matin, les fontaines où tu m'as fait boire, la terre qui se mélangeait à nos baisers, cette étreinte profonde de la lumière.
    Où es-tu, pour que je me sente aussi vivement arrachée à moi-même ? M'appelles-tu, ou bien m'as-tu oubliée ? Oh, je te veux, je te veux, je ne te laisserai pas aux autres, je ne serai plus à d'autres, je te veux pour toute ma vie et pour ma mort, Dino, après ceci, il ne peut plus rien y avoir d'autre, oh, savoir que toi aussi tu ressens cela, que toi aussi tu râles ainsi... Tu m'attends, dis-moi, tu m'attends, c'est bien vrai ?- Nous serons seuls sur la terre.
    Nous brûlerons. As-tu vu que nous sommes vierges, que quelque chose ne nous ajamais été arraché ? Pour nous. Plus au fond, plus au fond, nous nous fondrons dans l'espace, prends-moi, tiens-moi, je ne te quitte plus, nous brûlerons.Dis-moi que si le souffle me manque à ce point, c'est parce que tu m'appelles, parce que tu me veux...

  • A berlin

    Joseph Roth

    Joseph Roth fut le grand chantre de la culture d'Europe centrale, le poète qui célébra l'Empire austro-hongrois et sa culture cosmopolite, tolérante et vouée à disparaître.
    Issu d'une famille juive de Galicie orientale, région des confins de l'Empire, il fut un journaliste visionnaire et un romancier degénie. Quand Hitler prit le pouvoir en Allemagne, il dut quitter son pays et il mourut à Paris, dans la misère. En 1920, Roth, le correspondant allemand le plus réputé de son époque, arriva à Berlin. Ses articles influencèrent toute une génération d'écrivains, parmi lesquels Thomas Mann.
    Ces textes, traduits et réunis ici pour la première fois, se font l'écho des violents paroxysmes sociaux et poli tiques qui menaçaient sans cesse l'existence de cette fragile démocratie qu'était la République de Weimar. Roth s'aventura à Berlin jusqu'au coeur de la cité, ce que ne fit aucun autre écrivain allemand de son temps, tenant la chronique de la vie qu'y menaient ses habitants oubliés, les infirmes de guerre, les immigrants juifs, les criminels, la faune qui hantait les bains publics, sans compter tous les cadavres anonymes qui remplissaient les morgues, et dépeignant aussi les aspects plus fantaisistes de ma capitale, les jardins publics et l'industrie naissante du spectacle.
    Un des premiers à comprendre la menace nazie, Roth évoqua un paysage de banqueroute morale et de beauté débauchée, dressant au passage un remarquable portrait de la ville, à un moment critique de son histoire. Roth saisit et résume à lui seul l'Europe de ces temps incertains qui précédèrent le grand effondrement d'un continent et l'annihilation d'une civilisation.

  • Dans les années 1920, David Herbert Lawrence voyage, en France, en Italie, aux Amériques, loin d'une Angleterre qui depuis la publication de son roman l'Arc-en-ciel le honnit et le vomit. (La parution de l'Amant de lady Chatterley en 1928 ne fera rien pour arranger cette situation.) Les essais réunis ici, inédits en français, datent de cette époque qui s'achèvera par la mort de l'écrivain, emporté par la tuberculose à Lawrence, en 1930. Lawrence y explore avec entêtement les sujets qui lui tiennent à coeur : la place de l'homme dans l'histoire, dans la société, dans le cosmos. " La condition humaine, et comment y remédier " pourrait être le sous-titre de ce recueil, auquel la franchise - on pourrait même dire la brutalité parfois - du ton, l'absence de tout conformisme, de toute inhibition - y, compris la peur du ridicule - confèrent bien souvent une étonnante actualité.

  • La dodge

    William Cliff

    Qui parle ? cet homme, cette voix sourde et puissante, qui s'exprime tout au long de cette narration, a vu la réalité du terroir, des bêtes, des gens.
    Mais il connaît bien ce monde et son horizon étriqué pour ne pas se laisser enlever par le grand large. peu à peu, on le voit prendre goût aux grandes choses, il s'y lancera à corps perdu et tiendra bon à travers mainte vicissitudes. finalement, il aura donné une magnifique ampleur à son existence et sa dodge n'est là que comme un indice quasiment négligeable, un succédané de son bonheur. mais diable ! un tel engin quand même !.

  • Histoires sans morale

    Polgar A

    Avec Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Karl Kraus, Peter Altenberg, Stefan Zweig, Alfred Polgar est l'un des grands écrivains qui ont fait rayonner Vienne dans le monde entier. Comme l'a dit un de ses admirateurs, Franz Kafka, " les proses d'Alfred Polgar sont tellement fluides et agréables que nous accueillons ses textes comme un divertissement social inoffensif, sans nous rendre compte de la façon dont ils nous influencent et nous éduquent. Sous le gant glacé de la forme se cache une volonté forte et intrépide ". Alfred Polgar, le maître prosateur, a ainsi défini son art " La vie est trop brève pour la forme littéraire longue, trop fugitive pour que l'écrivain puisse s'étendre en descriptions et en commentaires, trop psychopathologique pour la psychologie, trop romanesque pour le roman ; la vie fermente et se décompose trop rapidement pour pouvoir la conserver indéfiniment dans des livres longs. " Dans cet ensemble de proses publiées avant-guerre en feuilletons dans les grands journaux de Vienne, c'est toute la vie d'une époque qui est dévoilée, celle de l'Autriche postimpériale, racontée au jour le jour dans toute sa force anecdotique par l'un de ses plus brillants observateurs et conteurs.

  • "A chaque pas vous vous rendez compte que l'on vit sur cet opulent territoire depuis des siècles. En haut, dans les vignobles qui tapissent les collines, comme en bas, parmi les oliveraies remplies d'arbres noueux, on sent l'odeur de l'antique." Ce classique de la littérature de voyage est écrit à la gloire des régions intérieures de la Provence - son histoire, son peuple, son architecture et ses paysages hauts en couleur, ainsi que son étrange et rude dualité. Qu'il s'agisse de dépeindre les grands monuments tels que le pont du Gard ou le palais des Papes, ou bien la campagne mélancolique qui inspira Van Gogh, qu'il nous remette en mémoire la sculpture exquise ornant l'encadrement d'une porte au fond d'une ruelle, la prose stimulante et évocatrice de James Pope-Hennessy nous met sous les yeux le décor provençal dans toute sa diversité. Et l'on découvre, entremêlés à ses souvenirs de voyage, des scènes empruntées à la passionnante histoire de la région et des pages à la mémoire de ses grands hommes, notamment Mistral, Mérimée, Zola et Cézanne. La Provence de James Pope-Hennessy n'est pas le pays ensoleillé et souriant de la légende, mais pour reprendre ses propres termes, inoubliables, " une contrée amère et féroce, pleine de violence et de léthargie, de perfidie et de gentillesse, pleine de toutes lescontradictions possibles, sous son soleil brûlant".

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